samedi 3 juin 2017

La mythique ZEGAMA-AIZKORRI : au bout de la souffrance !

Un mythe. ZEGAMA-AIZKORRI fait partie de ces trails qu’il faut faire dans sa vie, à coup sûr !

Après avoir tenté le tirage au sort, évidemment sans succès pour 2016, j’ai eu l’immense chance d’obtenir un dossard sans passer par le tirage au sort, et d’’éviter le faible pourcentage de chance de l’avoir avec 200 dossards pour 9000 pré-inscrits… Un immense merci à Michel ! 

Deux semaines après les 75km de la Transvulcania, il faut repartir au charbon !

Je décide de me rendre sur place en voiture, sans péage – soit 13h de route à traverser la France au centre de la France avant de redescendre en longeant la côte atlantique jusqu’à Saint Sébastien en Espagne puis de plonger dans les terres au sud, à 45min de Saint Sébastien dans ce petit village basque de Zegama.







J’arrive le vendredi après-midi, juste 2h avant le Kilomètre vertical, le temps de manger un sandwich dégueu et de monter un peu – il fait très très chaud. J’encourage les coureurs du KV avec ma trompette, et l’ambiance ici se fait sentir avec beaucoup de monde tout au long du parcours (j’ai monté 400m de D+).



Mais Zegama est Zegama et en fin d’après-midi, sans prévenir, en moins de 30min, les nuages arrivent et un énorme orage éclate…. Wow wow ah ouais, ça promet !!

Le samedi c’est récupération des dossards, balade et rigolade avec Robin, et sa famille.

Dimanche, c’est le jour J, pow pow pow, on y est !!



Short à fleurs roses réparé, il ne manque toujours pas de surprendre les gens hihihi, je vais me mettre dans le sas du départ avec Philippe, un français rencontré la veille, dans le milieu de peloton, à côté de moi, le copain d’Anna Frost me reconnait avec mon buff Hardrock, on discute 2 minutes avant le départ.
L’ambiance est là, beaucoup de monde dans la ville, un peu de musique, mais le départ est un peu bizarre, sans musique, avec juste un 2-1 pannnnn, tout le monde est un peu surpris, mais c’est partiiiiiiiiiiiiiii !!

On commence par un tour dans la ville puis de repasser dans le centre avant de monter sèche directe avec un monde fou… il fait déjà bien chaud sans les nuages !! Je monte le début en tipa tipa mais je me mets vite à marcher vu comment c’est pentu, on ne va pas se griller tout de suite quand même ohhhh, quitte à passer pour le gros touriste comme dab, mais les gens se mettent vite à marcher aussi. Je garde un bon rythme le reste de la monter, puis commence des parties un peu plus faux-plates où il faut courir à ma grande féniantiseeeeeeee grrrr !!

Je ne suis pas trop mal, je me donne un peu plus que d’habitude, mais en essayant de rester à l’économie… Je termine cette « première partie » de 10km et un peu plus de 800m D+ avant la 1ère grosse montée en 1h18. Pas trop mal, même si je suis dans la 2ème partie du classement, le peloton va très vite bordel !!

Commence alors la montée, un monde fou dans le début très pentu, ça fait plaiiiisir, là on est dans le mythe Zegama !!



Je vais prendre mon rythme en marchant, un peu plus soutenue que mon tourisme, j’essaye encore de gérer, pas mal de petites descentes durant cette montée, ça fait du bien d’alterner un peu en courant… On sort de la forêt et le vent est bien présent, plus on monte, plus il y a un fort vent, c’est impressionnant !! mais sur la fin, il est de dos alors ça aide un peu, mais pas trop de monde en haut du coup… j’arrive en haut au sommet Aratz à 1440m d’altitude au km 16,5 en 2h40 et déjà presque 1700m D+, paye ton ratio !!!
Il reste (soit disant !!!! (J’arrêterai de faire confiance aux infos !!!)) 1000m de D+ sur tout le reste….



Le début de la descente est bien technique, pas facile de courir… pourtant moi qui est normalement à l’aise en descente… Je sens que je ne suis pas des plus vaillants, humhummmm.

Sur le bas, on retrouve un peu de monde, normal on arrive près du sanctuaire « Sancti Spiritu » et sa grotte à un peu plus de 1000m d’altitude, je prends mon temps pour filmer un peu, c’est que des cailloux et rocher donc il faut être vigilant, puis à la sortie un chemin plat pour rejoindre le ravito avant la 2ème grosse montée où il y a un monde fou !!!



Je prends le temps de recharger mes flasks, pas grand-chose à manger sur les ravitos, 3 bouts de bananes, 4 bouts d’oranges, c’est très très light !!

Je sens que je ne suis pas dans un grand jour….
Aller hop j’attaque la montée très très pentue pour commencer, je vais des plus doucement, et donc me fait doubler… ma petite forme se confirme assez vite, et je deviens très vite à la ramasse totale pfiouuuuuu !! Un gars français m’appelle sur le côté : « ehhhh t’es Fred ? je te reconnais avec ton short à fleurs, on est amis sur FB » C’était Mickael qui aura le temps de me prendre en photo, merci !!



Mais je suis dans le début de mon calvaire…. Un petit replat ou je préfère marcher et récupérer plutôt que de courir, avant le reste de la montée bien raidasse !!!! Je ne fais que me doubler, j’ai aucune force, rien nada, walou, pouarfffff, quel coup de mou !!! Heureusement qu’il y a beaucoup de monde dans cette montée, il n’y a pas 5 mètres sans personnes, il faut dire que tous les gens qui étaient au sommet sont en train de redescendre, du coup je suis encouragé à chaque seconde, heureusement !!! Certains te crient dessus, te poussent, te tapent sur l’épaule, c’est énorme !! Aupa Aupa, venga, vamos, animooooooooooooo qui résonnent toute la course !

Je suis maintenant au plus mal, je ne sais même pas si je suis à 2km/h mais je suis en sur-régime, et obligé de m’arrêter une fois, puis une 2ème et une 3ème fois à m’assoir sur un cailloux… aie aie aieeeeee, qu’est-ce que je fou là ?? Il fait chaud même si le soleil est toujours voilé, heureusement !
La fin de la montée est juste un enfer, en mode zombie, avec d’énorme rafales de vent, je ne suis plus très lucide, je tape dans quelques cailloux, je traine mes pieds et ma misère... les gens sont adorables sur le côté, ils essayent de me parler en espagnole, ou plutôt en basque… je ne comprends déjà pas un mot d’espagnole alors le basque...  Puis je comprends parfois qu’ils me disent qu’il ne reste pas beaucoup avant le sommet…. Mais je ne sais pas combien de temps, je suis au fond du trou… 

Quand j’aperçois enfin le sommet, il reste encore un bon mur à monter, quelle horreur !! Je fais comme je peux, à la ramasse, et j’y arrive enfin en 4h15 de course… soit 1h15 pour faire le 2,3km de montée, je vous laisse calculer ma grosse moyenne !!!  (à ce moment-là, je n’ai aucune idée des barrières horaires), mais ce que je sais c’est que je suis bien dans les derniers ici, presque personne derrière moi, seulement 3-4 coureurs au ravito, il y a des rafales de fou, j’sais pas entre 80 et 100km/h peut être, les bénévoles sont obligés de rentrer dans le petit abri où je me suis réfugié, je dégage tout un tas de bouteilles d’eau (vides) en les balançant par terre comme un malpropre, mais il faut que je m’asseye…

Je vois un carton de barres céréales à côté de moi, hop je l’ouvre et en mange une, wowwwwwwwww trop bon, le gout de MALABAR hahaha, hummm j’adore, j’en mange une, puis une 2ème, une 3ème, une 4ème, brefffff j’en mange 6 d’affilés, il me fallait, j’avais faim, strictement rien prit dans mon sac au départ comme un débile, en comptant sur les 13 ravitos, mais comme il n’y avait presque rien à manger, j’ai faimmmm !!! Les bénévoles essayent de me parler, je ne comprends rien, sauf un gars qui comprends que je suis français (il est sénégalais) et donc on échange 2 minutes. Je bois, je remange une 7ème barre, puis il faut que je reparte après 6 minutes d’arrêt… 

Effectivement plus grand monde dehors, toujours le vent, je repars en marchant, puis commence à descendre un peu, mais par un chemin hyper technique où il m’est impossible de courir !!! fuckkkkk, ce n’est pas comme ça que je vais regagner du temps… Il y a un coureur espagnol derrière qui me presse, qui m’encourage, je comprends assez vite que la barrière horaire n’est pas loin…. Mais merdasse !!!



Ça remonte un peu avant la descente, j’avance toujours en escargot… avec le gars qui me presse toujours derrière, puis vient la descente, toujours technique et difficile à courir… un peu moins de vent enfin, la fin est bien pentue, puis me voilà sur la partie « plate ». Mais en mode toujours zombiiiiiie, zombie, Ce n’est évidemment pas tout plat, ça alterne faux-plat montants et descendants, j’alterne marche et trottinage à 6km/h, même en marchant sur le plat, je n’avance pas et je suis à la ramasse toujours, c’est long mais que c’est long ces 4km de « plat », j’en ai ras le cuuuuuuuuuuul !!!
Pour vous dire me grande vitesse : 50min pour faire 4km : wow wow wowwwww impressionnant !!! Quelle galère !! Il fait bien lourd et à chaque ravito maintenant je me mets un ou 2 verres sur la tête, puis je bois de l’eau, de la boisson énergétique, et ou du coca…

J’arrive au ravito à Urbia au km 28,5 en 5h37 pour une barrière horaire à 5h50…. Ça devient chaud patatas, sauf qu’à ce moment-là, je ne le sais toujours pas à quelles heures sont les barrières…. Pfiouuuuu Mais je sais que je lutte depuis un moment avec vue mon piteux état et que je n’arrive plus à avancer.

Commence la dernière montée sur Andreaitz pour basculer du côté de Zegama et avant la longue descente (soi-disant !!!!!). Je n’avance toujours pas, 2km/h à pleine vitesse, je me force à respirer fort et en rythme, ça doit faire peur vue de l’extérieur… encore quelques personnes qui sont là pour encourager, ça fait plaisir !! Au milieu de la montée, je croise un bénévole qui descend et qui me parle encore en espagnol ou je ne sais pas quoi, je lui dis ma réplique favorite « no espagnol ». Et là il me fait un signe en montrant sa montre et en faisant non non avec son doigt, presque en me disant de redescendre…. Hop hop hooooop, ça sent mauvais, je comprends que la barrière horaire est à mon cul, mais je lui dis en mélangeant anglais et français un truc du genre : « no non it’s ok, je descends very fast, it’s ok for the finish ». Evidemment, il ne comprend rien !!!

C’est alors que je remets du rythme dans ma foulée, ça fait 5h52 de course, le sommet est juste là, et je me dis qu’il doit y avoir une barrière horaire à 6h en haut…. Horriblement dur sur la fin, alors que je suis à peine à 3km/h peut-être et là, je bip à 6h02, mais personne ne me dit rien, j’avais préparé mon argumentaire pour qu’ils me laissent passer mais rien…. Normal au final car la barrière horaire n’est pas là, mais ça encore je ne le savais pas !!! Je descends comme je peux, et je fais des calculs dans ma tête : « il reste 12km et 2h avant les 8h de la barrière horaire à l’arrivée, ça devrait le faire ». Mais ça c’était avant de voir le reste de la descente. 

J’arrive au ravito Itzubiaga au 32ème km où est la dernière barrière horaire (ce que je ne savais pas), et j’y suis en 6h22 pour une barrière à 6h30….. pow pow !! Et là ça remonte, mais nonnnnnnnnnnnnn, mais fuck, mais merde !!! Je n’avance pas une cacahuète, les derniers coureurs me doublent toujours… ah ça redescend, allezzzzzzzz et puis bimmmm de nouveau un faux-plat montant, puis un autre plus loin, puis un autre…… bref, une descente de merde, une descente qui ne descend pas j’ai l’impression, à chaque fois que je fais 5min de descente, bim une remontée... je suis au bout du bout là !!!! Interminable.

Ahhh oui, et je vous ai pas dit mais depuis le début, tous les km sont notés sur le côté, je peux vous dire que quand on est au fond du trou, ça ne défile pas vite !!! Je refais des calculs tous les panneaux, et je me dis que ça devrait le faire… mais pfiouuuu j’suis pas des plus serein, je peux vous le dire !!
Une autre remontée, puis une autre, mais merdeeeeeeeeeeeeeee, enfin bref, une 15 ou 20aines de remontées comme ça sur toute la descente, je m’en souviendrais !!!!
Quand enfin je suis à 2km de l’arrivée et qu’on sort de la forêt pour arriver sur la route, là je me dis que ça va être bon putain !

Il fait bien chaud patate, le soleil a enfin percé, je cours en me laissant aller comme une merde, j’arrive ENFIN au bout !!! Je l’ai tellement attendu, c’était tellement long…
Je traverse la route et hop dans le centre-ville, pas mal de monde, les applaudissements, et je franchi la ligne en 7h46, au bout de la souffrance après 42,2km et 3100m positif. Je peux enfin me poser !!!





Même là, au plus mal je loupe le podium… le podium de la fin puisque je finis 466/469… 3 coureurs classés derrière moi.

Mythique. Un mythe de plus. Mais qu’est-ce que j’ai souffert, même si l’on ne peut pas comparer à un Tor des Géants ou la Hardrock, je pense que c’est l’une de mes plus grandes souffrances en trail…
Comme quoi rien n’est jamais gagné, quelque soit la distance, rien est JAMAIS gagné ! Merci pour la leçon.

Zegama…. Une grande aventure, que je ne suis pas prêt d’oublier !
C’est à vivre !

Comme ce moment où toute la ville ressort dehors pour accueillir le dernier… crier, l’appeler avant la barrière des 8 heures…. Il passera la ligne seulement 15 secondes après et ne sera donc pas classé… mais il a été accueilli en roi, avec les premiers, du champagne… si j’avais su, j’aurais été chercher la dernière place, je vous le dis !!

Ou comme ce moment, 1h20 après les 8h de course, j’entends de nouveau applaudir et crier, tout le monde courir vers l’arrivée qui était en train d’être démontée, c’est le groupe qui accompagne un mal-voyant, qui a tenu la barre au milieu de ses accompagnants, toute la ville ressort, et court vers l’arrivée, petits, enfants, personnes âgées, toute la ville est dehors en quelques minutes, c’est absolument incroyable de voir ça, tout le monde se prend dans les bras, les larmes coulent, l’émotion est énorme, une standing ovation pendant 5 minutes. Je pleure aussi à voir cela et même en l’écrivant à nouveau, c’était FOU, comme à l’image de ce mythe Zegama. MERCI !


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