mardi 23 septembre 2014

TOR des Géants 2014 : Une parenthèse dans un monde parallèle !



Un an que j’attendais cela… 2 jours après ma CCC (101km et 6200m de dénivelé positif) fin Aout 2013, il me fallait un autre défi. Plus long ! Alors c’est là que je pense (d’abord secrètement) au Tor des Géants. Et oui pourquoi faire dans la demi-mesure ?? hihi ! Bon pour valider l’inscription, il fallait passer l’épreuve de la pré-inscription le 1er février, ce que je réussi à faire avec beaucoup de chance. Alors je ne sais pas si c’est un cadeau ou pas, mais me voici officiellement inscrit. Aie aie aie

Les jours vont alors passer, je n’y pense pas plus que ça jusque cet été, mais arrivé en aout, là, les jours sont comptés et la pression va monter tranquillement… Bon j’avoue que je prends la course un peu à la légère et j’ai du mal à imaginer et concevoir une telle distance et un tel dénivelé mais je suis assez confiant ! Je suis rassuré par la présence du camping-car qui va me suivre pendant l’épreuve : mon père, Christian et Pierrot qui seront vite surnommé le « team Cochonou » par leur bob du même nom et les trompettes qu’ils font ronfler à chaque passage.

On descend donc ensemble depuis la Normandie et le début est proche. 




Récupération du dossard le samedi -> c’est la première épreuve de cet ultra : 2h d’attente débout pour la délivrance… pas de doute, on est dedans !! 


En rentrant au camping, c’est l’heure de préparer les sacs et les affaires. Ils annoncent une semaine pas trop moche…

Le soir on se met direct dans l'ambiance avec la pasta party avec la plupart des autres coureurs. Je mange avec Alain et Jérôme, ils nous font le briefing de course, je ne comprends pas beaucoup de choses avec le français qu'ils mélangent avec l'italien et l'anglais.. On se lève pour écouter la musique officielle, on se donne les mains en l'air, l'émotion est déjà au rendez-vous !! Je rencontre Lucy, une fille avec qui je parlais du tor sans l'avoir encore vu...

Je passe la nuit à dormir dans ma voiture, je dors plutôt bien, étonnant…. Mais tant mieux ! Allez hop, il faut s’habiller, se préparer, petit dej dans un café : chocolat chaud et croissants. Je retrouve ma team cochonou du côté du départ. Il y a un monde incroyable. Allez hop dans le sas de départ, et place à l’attente…. La musique est là, pas toujours tiptop mais bon, ça met l’ambiance quand même.






J’aperçois au loin mes copains de Genève, Alain et Jérôme qui sont vers la fin.

10-9-8-7…….. 3-2-1 ! bim paf pouf !

Ça part très lentement, comme une parade dans la ville, en petit foulée. Le monde est partout, c’est énorme. Juste le temps de faire un petit signe à mes proches. Ohhhh j’aperçois Steph et Adrienne du club aussi, c’est coool. Et j’attends tranquillement Alain et Jérome pour partir avec eux. Allez nous sommes réunis, fini la route, nous sommes prêt à attaquer le premier des 25 cols…. Bon ben ça bouchonne !!! Il nous faudra une dizaine de minute au début du chemin avant qu’on puisse s’engager, et le rythme est très lent ! Patienceeeeeeeeeeee, c’est encore long !

Cette première montée se fait bien tranquillement, c’est cool, il fait bon, presque chaud déjà. On discute, on double un peu des paquets puisqu’on était vraiment dans les derniers et nous voilà au col en 2h30. 


Pause photo et hop on file dans la descente. Je prends les devants et coure un peu sur les parties assez plates, tout roule. C’est un sentiment étrange. Je ne suis pas rentré totalement dans la course, et j’ai plutôt l’impression d’une petite balade. C’est vraiment bizarre ! bref !

J’alterne petite foulée course et marche et j’arrive dans la première vallée à La Thuile. « bravi braviiiiiii, braviiiii », on n’entend que ça !! Alain et Jérôme arrivent seulement quelques secondes derrière moi et on repartira ensemble. Toute cette partie, je la connais, j’ai fait le repérage des 80 premiers kilomètres avec Alain. 

La montée du 2ème col se fait bien, on est tranquille.. Enfin c'est un grand mot car je ne suis pas au top en fait, les gars m'ont distancé un peu, je n'arrive pas à les suivre et je suis presque en souffrance (déjà... Et bah putain!!). Beaucoup de touristes randonneurs redescendent ce passage, ils sont sympas, ils s’arrêtent pour nous laisser passer, toujours avec des « braviiiii, braviiiiiii » qui viennent très vite taper sur le système, et c’est presque chiiiiiiiiant !! Oui oui, ils sont tout plein d’entrain pour nous encourager, c’est vraiment sympa, mais au bout du 800 000ème braviiiii, ras la casquette !!!! 


Petite pause au refuge Deffeyes avant une partie un peu plus plate où je retrouve la foulée des gars et la fin du col bien pentu mais on monte tranquille, avec Alain en métronome de l'allure. Et voilà le 2ème col, le Passo Alto. 





La descente est technique avec beaucoup de gros cailloux, on est vigilant et on ne va pas très vite. On arrive assez vite au bivouac promoud..Très convivial, avec un cheval qui est là en liberté parmi nous. 





On prend 15 minutes pour se ravitailler et on repart pour affronter un mur de 800m positif. Alain nous donne toujours l'allure, je suis à l'aise dans cette montée.. 



Le soleil se couche et quand on se retrouve sur la crête pour la partie finale, on doit mettre les frontales et une petite veste car il y a du vent. L'ambiance est vraiment sympa, avec la lune qui éclaire les montagnes et les étoiles qui brillent bien ! 


Presque pas de pause en haut, et on bascule dans la descente. On la fait coool, et elle est assez longue, avec la fin sur la route pour rejoindre le village de Planaval. Le village fait son apparition avec ses lumières, on retrouve mes 3 accompagnateurs qui marchent un peu avec nous jusqu’au petit ravito du village. Il reste 5 km en faux plat montant jusqu’à la première base vie. 

Je mène les 5 km en tête avec un bon rythme de marche nordique rapide, c’est chiant et c’est lonnnnnng, on croit que c’est là, mais non…. Interminable !! bingooo ouffff on y est enfin à 23h30.
Alors c’est un vrai refuge hôtel de montagne, je commence par prendre une bonne douche, je suis assez en forme, monte et descend les escaliers comme si de rien était. Un vrai cabri ! Allez on va manger un peu… des pâtes, des pommes de terre, du saucisson, des fruits, des yaourts, de la soupe… enfin un vrai restau (presque) 5 étoiles ! Hop allez on file au dodo. Les gars ont prévu de dormir 1h30-2h.. Trop long pour moi, je décide de m’allonger 45min. Nous sommes dans des chambres d’hôtel avec 2 lits simples, c’est calme, bon lit, je suis avec un gars étranger que je ne connais pas. Bon je ne dors pas trop en fait, peut être 20min en tout, et c’est l’heure de se préparer… (si j’avais su que c’était le meilleur refuge et endroit pour dormir de tout le TOR, j’aurais peut-être dormi un peu plus….).
Je repars dans la nuit, sans Alain ni Jérôme encore en train de dormir. 2h du matin, ça y est, on est vraiment dedans avec cette première nuit. La montée est plutôt très coool, pas difficile. Il fait vraiment très bon dehors, je suis en manche longue mais sans veste. C’est vraiment agréable d’être là, et je prends du plaisir à marcher. Je suis seul toute la montée mais peu importe, cela ne me gêne pas, je suis bien ! Bon la fin est plus pentue mais ça passe nikel ! La descente est bien bien pentue par contre, et ça va bien faire travailler les cuissots et chauffer les pieds. Elle me paraît plus longue que lors de la reco un mois avant… le jour se lève sur la fin de la descente et me voilà dans la vallée pour un nouveau ravito. Je passe devant le camping-car et personne à côté…. Et toctoctoc et mon père et cricri sortent pour m’accompagner jusqu’au ravito. Je suis bien mais je prends bien mon temps parce que je sais que la montée qui m’attend est difficile et je n’ai pas envie de la faireeeeeeeeeeee !! Je n’aurais pas dû reconnaitre, je le savais, grrrrrrrrrrrrr. Le seul truc qui me gêne pour l’instant, c’est mon sac lourd qui commence à bien m’appuyer sur les épaules !! 

Bon allez il faut se lancer !! Je pars d’un rythme escargot - - - pour gérer et ne pas finir à la ramasse. Il fait jour. Alors je dois avouer un truc, c’est que pour l’instant, je marche, mais je ne crois absolument pas pouvoir finir ce Tor… c’est un sentiment très bizarre. Je me dis que c’est impossible de faire le tour en moins de 6 jours. Mais bon, je continue sans trop y penser !! Mais moralement, c’est déjà difficile, mieux vaut ne pas y penser en effet… surtout que ce col Entrelor me fait mal aux jambes !! C’est long, pentu et ça me fait chier des bulles carrées !!!! 


La fin est longue, et je fais une petite pause la haut. Premier col à 3000m d’altitude. Il fait beau, le paysage est magnifique, entre roche, lac, montagne. Pfiouuuuuuu, je suis bien là ! 



La descente est coool, pas très pentu, mais je ne cours pas. Ca va plutôt pas mal. Je fais un petit bout avec 2 vaches qui se sont enfuis de leur enclos et qui marche sur le chemin entre moi et le gars devant, c’est assez rigolo !! 





Plus bas, Je retrouve mes 3 accompagnants qui sont montées un peu dans les montagnes, et donc on fait une bonne partie de la fin de la descente ensemble. C’est cool, ça fait du bien de parler et de marcher avec eux. Ils sont derrière pour ne pas gêner mon allure, et je descends d’un bon rythme cette dernière partie et me voilà à Eaux Rousses au 79ème km. Je prends un long moment au ravito, presque 50min où je m’assois, me lave les pieds, mange, rigole avec les gars. 





Au moment où je repars, Alain et Jérôme arrivent au ravito. Jérôme n’a pas l’air au mieux, et Alain cava, alors je les motive un peu et hop je pars affronter le plus haut col du Tor. A partir de là, je suis dans l’inconnu puisque notre reco s’était arrêtée à Eaux Rousses. Ca ne monte pas très pentu, c’est régulier. Il fait vraiment très chaud, le soleil tape. Casquette, lunettes, bon pas de crème solaire…. Oups !! Je croise Eric, un gars qui m’a donné rendez sur facebook pendant la course, enchanté !! La fatigue est un peu là, alors pendant la montée je m’arrête et m’allonge dans l’herbe pour une petite sieste de 30min. Je ne dors pas vraiment, mais je m’évade un peu quand même, et ça fait du bien au soleil. Je repars bien. 



La fin de la montée est plus pentue, mais j’ai trouvé mon rythme de croisière et c’est plutôt très lent pépère. Et voilà, 90ème km à 3300m d’altitude. Il fait beau toujours et bon, je fais une petite photo la haut, je discute avec des randonneurs qui m’offrent un petit bout de saucisson qui passe très bien ! 





Allez hop il faut descendre ! Je suis toujours bien, la descente passe bien, je suis toujours dans l’esprit de me dire que je n’arriverais pas à faire le tour en moins de 6 jours… mais je marche ! La fin est assez longue et la base vie number 2 est longue à venir. Je double déjà quelques gars qui sont kapout et qui semblent au bout, ça fait peuuuuuuur !! 




Voilà enfin Cogne et la base vie… me voilà à 102km, ma plus longue distance jusqu’à maintenant, le reste sera l’inconnue. Voici les 2 premières parties bouclées, 2 très grosses parties avec 6 gros cols en tout, ça c’est fait !!!!!
Je fais une très longue pose ici, presque 4h30 en tout. La petite douche de courtoisie, et le temps d’être assis, de ne rien faire, de lire les messages qui font énormément de bien (je n’allume mon portable que dans les bases vies). Et puis je vais dormir avant de manger là. Bon alors là, fini le bon lit et le bon matelas, place aux lits de camps…. Début du calvaire !! Ça fait du bruit, je dépasse du truc, je suis mal dans n’importe quelle position, sauf une où je dois être en mode contorsionniste, à moitié sur le côté, une jambe pliée à 48 degrés, l’autre par-dessus la tête, les bras en freestyle, enfin breffff… j’avais mis 2h de repos pour dormir, si j’ai dormi 30-45min grand max, c’est formidable !!! Je suis presque content de me lever. Je mange, je prends le temps de ne rien faire. 

Bon l’étape qui arrive a l’air un peu plus facile avec un seul col plutôt roulant et une longue descente… Je repars de Cogne à 1h du matin en mode nocturne. Il fait assez bon, mais le temps est bizarre et menaçant et j’aperçois, à droite et à gauche le ciel qui s’illumine d’éclairs… moi où je suis rien, mais là où je me dirige il semble y avoir un gros orage, de l’autre côté de là où je suis venus aussi… j’ai bien de la chance d’être au milieu, mais je ne suis pas rassuré ! La montée se fait bien, je suis cool, toujours tout seul… C’est vraiment très roulant et pas difficile. Je fais une bonne halte au refuge Sogno pour me reposer assis, manger et boire : c’est souvent du saucisson, toujours, plein, hummmm trop bon, des gâteaux, du coca et de l’eau ! 
Je repars pour la fin de la montée.
C’est toujours jolie de voir des frontales qui dessinent le chemin, tout aussi bien que le balisage réfléchissant que l’on voit très bien. Le jour se lève tranquillement quand j’approche du sommet, et j’ai vraiment le lever de soleil arrivé en haut… c’est vraiment sublime. 







L’orage semble s’être évadé, il y a toujours quelques nuages, mais ils se vêtissent de rosâtre en même temps que le soleil arrive, puis passe au jaune, puis le soleil apparait… le début de la descente est vraiment magique. C’est là que je décide de mettre un peu de musiqueeeeeeeee ! Alors dans ma playlist, les chansons que vous m’avez donné + quelques autres + 2 sketchs des Bodins (« facedebook » et « la lettre » pour ceux qui connaissent…). Je prends énormément de plaisir dans cette descente avec la musique, je siffle, je chante, tout va pour le mieux, avec le soleil aussi, un beau lac… enfin perfect moment quoi !!
Je suis tellement bien qu’au refuge ravito, je ne m’arrête que 3-4 minutes pour manger et boire, je ne m’assois même pas… et hop je repars toujours en musique ! talalaaaaa la la laaaaa la laaaaa Oupsssssssss, j’aurais dû faire un petit arrêt toilette au refuge…. Bon tanpich, ça sera dans la natureeeeee yihouuuuu !
J’arrive à Chardonney où je retrouve mes suiveurs qui me confirment le gros orage qu’ils ont eu… et moi, rien que dalle, walou !! oufffff !! Je fais une petite pause dodo dans un transat 20’ où je somnole sans trop vraiment m’endormir mais ça fait du bien. 




Petit ravitaillement, et je repars avec Pierrot qui m’accompagne. Ça fait du bien de parler un peu en marchant… Il veut rester derrière moi pour ne pas troubler mon allure, ça tombe bien, je n’aime pas avoir quelqu’un devant !! C’est en faux plat descendant, avec des petits coups de culs à monter pas très long. On traverse de jolis ponts suspendus, on fait des photos, on longe la rivière, c’est assez jolie ! 




On arrive très vite au ravito suivant très convivial avec des cloches qui résonnent assez fort. On rigole pas mal avec les bénévoles, et les gars !! On repart et la fin de cette partie est interminable pour atteindre Donnas… On arrive dans une ville, mais non ce n’est pas celle-là, il faut longer les trottoirs, faire de la route, du plat, il fait chaud, et non pas encore là…. Mais c’est où ????? On double des gens zombis qui n’avancent plus… Ahhhh enfin … euhhh ben non, encore 1 km plat sur le bord de route et enfin nous y sommes !! Merci Pierrot pour l’accompagnement !! 

Voici Donnas, 149ème km…. Moralement c’est dur de se dire que je ne suis même pas à la moitié…… pfiouuuuuu ! Physiquement je suis pas mal, à part les pieds qui ont vraiment chauffé dans cette longue descente.. 2500m négatif sur 30km et plus de 8h30 de descente… j’arrive pile au bon moment puisqu’il se fait à pleuvoir quelques minutes après mon arrivée au refuge… ouf !! Et mon mal d’épaule est parti…. Oufff !! 



Je vais prendre une douche, et hop au dodo pour 1h de repos… j’ai toujours du mal à trouver une bonne position pour dormir sans douleurs mais bon j’arrive à me reposer quand même. Je retourne manger, une bonne assiette de pâtes, une bonne assiette de pommes de terre, des gâteaux, coca, eau, yaourt, un vrai restau !!! Je vais voir un secouriste pour soigner mes petites cloques : quand je vois déjà le gars, j’hésite à faire demi-tour… puis il me dit : « euhhhh il faut le faire vous-même, c’est le règlement !!! » Magnifique !!!! Résultat, je ne fais rien et remet mes chaussettes ! Pendant que je me prépare, il ne pleut pas, mais dès que je sors dehors… la pluie reprend ! merdeeee, je ne vais pas y échapper cette fois. Je croise Alain qui arrive au ravito quand je suis prêt à repartir, il n’est pas au mieux avec un pied qui lui fait mal… Je repars à 19h après un arrêt de 4h ici…
Une longue partie de route pour reprendre qui monte un peu puis redescend et passage dans un petit village sympa Perloz et son pont toujours sous la pluie. 


Je mets mon kway imperméable mais j’ai trop chaud avec, avec je l’enlève quelques minutes plus tard, et reste en manches longues. La partie technique commence…. Ça monte avec des marches, des marches, des gros cailloux et des marches… mais je les apprécie !! Je suis bien et mettre le pied à plat sur chaque marche me fait moins mal aux pieds ! Il pleut de plus en plus dans la nuit, mais je reste sans kway. J’ai remis la musique pour me motiver. Je suis content d’arriver au bivouac Sassa en plein petit village… les grosses clochent sonnent, ça fait un bruit incroyable, des encouragements, il y a un groupe de musique type irlandais que jouent de la trompette et qui chantent. L’ambiance est trop bien !! Je suis ravi d’être là ! Je prends donc mon temps assis sur le banc pour me ravitailler et discuter un peu avec une bénévole. 
Bon il faut repartir, la pluie s’est arrêtée quelques instants mais reprend doucement. Le moral baisse un peu là… le chemin continu à s’éloigner de Courmayeur et pas encore à la moitié !! pffffffffffff
J’ai la surprise de voir le camping-car et mes accompagnateurs qui sont au bord d’une route… je ne m’y attendais pas. 



Je ne reste pas longtemps et me revoici plongé dans la nuit et seul… musique time !! Le terrain devient vraiment difficile et technique et ça commence à me souler !! J’essaye de me changer les idées avec la musique mais c’est dur… Il s’arrête de pleuvoir, heureusement. Arrivé pas loin du refuge, on se retrouve sur une crête.. et là à droite, il n’y a plus de montagne… mais une grande ville éclairée et du plat.. C’est vraiment beau à voir !! 



J’arrive au refuge Coda, pile à la moitié de ce Tor !!! Pour vous donner un aperçu du terrain, j’ai mis 3h20 depuis Sassa pour seulement 4,5 km et 900m positif…. Youhouuuu une incroyable moyenne de 1,33 km/h !! Ravito comme dab… de la soupe, saucisson et gâteaux… ça fait du bien de s’assoir, et je ne suis pas très motivé à repartir… Mais bon pas le choix… la descente est du même topo que la montée, des marches, des rochers, de l’horrible en gros !!! berkkkkkkkkkkk cacaaaaaaaaaa.. Ça monte, ça descend, pffffff !! Je commence à bien fatiguer aussi. 
Le jour se lève, il fait assez froid et je suis content d’arriver au lac Vagno après une bonne descente, il y a un refuge, je vais dormir un peu, une trentaine de minutes où je vais bien dormir dans une vieille chambre avec un feu de cheminée qui chauffe bien. 




Une fille vient me réveiller à l’heure où j’ai demandé : ça c’est coooool !! Je mange des pommes de terre et des pâtes et il faut repartir. Je perds de l’avance sur la barrière horaire aie aie aie !! C’est difficile de repartir, mon sac est trempé, beaucoup des affaires aussi.
Toujours la même grosse galère ce sentier de merdeeeee, j’en peux vraiment plus !!!! J’enchaine les moyennes entre 1,71 km/h, 1,5 km/h… sur des sentiers alternants montées et descentes… ça n’avance pas !! Mes pieds me font vraiment mal, ça tape dur dur sur les marches et rochers. Je marche tant bien que mal, heureusement que la musique me divertie… 






Par contre, les hallucinations sont de plus en plus nombreuses, je vois des formes, des maisons, des gens, à la place des gros rochers… La fin de la descente laisse place à de la grosse boue entre les rochers… impossible d’éviter, c’est vraiment affreux. Je double une fille en pleure qui est au bout du rouleau… je ne suis pas loin d’être au bout non plus moi d’ailleurs !!!! Je l’encourage !!
Je suis tellement content de revoir de la vie et de la bonne ambiance quand j’arrive au ravito de Niel. Ca fait 15h que je n’avais pas vu ma team cochonou et leurs trompettes. Le ravito est sympa, grosse ambiance, cricri et pierrot sont devenus les grands potes des bénévoles et du proprio du refuge… Ça fait du bien de me poser un peu et de manger de la polenta. 


Il fait beau. Je suis bien fatigué !!! 
Je repars dans la montée, mais je suis totalement à la ramasse, je n’avance pas, terrain toujours horriblement difficile… je suis mort, crevé, j’en ai marre !!!! J’ai l’impression d’être au bout. A chaque pas, je me dis « fais demi-tour », « stop », « je m’arrête là »… enfin je suis bien bien bas. Je m’arrête un moment pour faire une micro-sieste express : assis sur un rocher, la tête dans mes mains sur mes genoux… et j’attends le moment où je vais être déséquilibré pour me réveiller tout seul… Ca le fait 2-3 fois, et hop je repars dans la montée!! 

C’est pareil, alors je décide de changer ma routine : je range mes bâtons, je mets la musique… et incroyable !!! Presque instantanément, je retrouve un certain rythme… je monte mieux sans bâton !!! Mais avant la fin du col, la pluie refait son apparition… je continu sans mettre le kway mais bon, la pluie devient vraiment intense et plutôt froide, alors je n’ai pas le choix ! Je passe le col, et direct dans la descente… c’est plus un faux plat descendant qu’une descente… je prends un rythme très soutenue, je ne cherche plus à éviter les flaques d’eau.. je marche dedans et ………. Je m’éclate !!! Je kiff ce petit moment.. Tellement incroyable de me dire qu’il y a 1h, j’étais au fond du gouffre !!! Bon je n’ai pas non plus un rythme de 12 km/h hein, mais j’ai retrouvé de l’entrain !! Je double des gens qui m’ont doublé quand j’étais mal, ils doivent se demander ce qu’il se passe hihihi !! 
Pause à un ravito, avant de repartir dans le même entrain, mais je vais moins vite, et la fin de la descente redevient technique, alors prudence vu que tout est mouillé !! Sur la fin de la descente, je me retrouve à discuter avec Sandrine, une parisienne. Ça fait du bien de parler un peu… !! Après un peu de plat nous voilà à la base vie de Gressoney… je l’ai tellement attendu celle-là !!!! 25h que je suis parti de Donnas, et j’ai fait seulement 51km en 25h….. Terribleeeeeeee !!!!! Me voici au km 200 !!!!




 Je me pose quelques minutes assis pour récupérer et ne rien faire… puis une bonne douche ! Et je décide d’aller me faire masser : ça fait du bien, le gars me masse les pieds, les tendons et les mollets pendant que je vous écris mes péripéties sur facebook et que je lis vos messages !! Les messages font tellement plaisir… mais l’arrivée est encore tellement loin !!! Moralement, ici ça va mieux. J’ai fait plus de la moitié, je suis sur le chemin du retour vers Courmayeur et les parties les plus dures semblent derrière moi…. Je vais au dodo 45min et c’est papa qui vient me réveiller. A partir de maintenant, je dors assez bien, et je m’endors plutôt vite… mais bon c’est compréhensible hihi ! 
Je prends le temps de manger comme d’habitude, de refaire mon sac, de changer mes affaires trempés. Je repars à 23h en mode nocturne, encore une fois… avec seulement 2h d’avance sur la barrière horaire, alors que j’en avais 7h d’avance quand je suis sortie de la base vie précédente… !! Faut pas trainer en route ! 

La reprise se fait cool avec 5-6 km de plat avant de commencer un bon col. La montée se passe tranquillement, le rythme de croisière est là. Le ciel est étoilé, c’est la plein lune (ou c’était hier), ça éclaire les montagnes et donne des lumières incroyables. Je m’amuse avec la musique. La descente se fait bien. Il y a un ravito de prévu dans cette descente, et j’arrive à un refuge où les coureurs sont là, ils mangent… je dis au mec que je dois dormir un peu… je ne sais pas trop si c’est vraiment le refuge, mais le gars m’amène dans un endroit où il y a personne et je me retrouve dans une chambre avec un grand lit double pour moi tout seul… incroyable !!! Je dors 30 minutes, je suis trop bien !!!!

 Puis je repars et je me rends compte que ce n’était pas le refuge officiel puisqu’il arrive peu de temps après et je refais une petite pause au refuge de Crest pour l’habituel ravito. Je repars et fait quelques km avec Olivier, très sympa !! Ça remonte un peu en faux avant de redescendre sur Saint Jacques où je retrouve mes accompagnants au petit matin. Je prends le temps de me poser et me ravitailler. Bon la soupe passe de moins en moins bien… ça me fait grand bien, mais je dois en être à 12000 litres, alors ça devient moins bon !! D’ailleurs je n’aime pas trop en fait mais bon bref !! 
Depuis un certain moment, je croise souvent les mêmes coureurs, sans trop marcher avec eux, je les vois au ravito, je les dépasse, ils me redépassent.. C’est rigolo ! Aller un petit col et c’est une nouvelle base vie… la montée se fait au même rythme pépère de croisière… Je fais une petite halte pendant la montée dans l’herbe pour une sieste de 30min. Bon il fait moins chaud, je me couvre et je dors pas mal !! Je prends du plaisir sur la fin de la montée, il fait beau, bon, et derrière quand je me retourne, j’aperçois le Mont Rose.. bon il y a des nuages mais on peut voir quand même le glacier… c’est vraiment joli !! 





Je commence à y croire un peu… je pense à tous les messages d’encouragements et je suis vraiment ému, et parfois même quelques larmes coulent sans que je contrôle le truc !!!
Le col di Nana est beau, et quand je passe, j’ai la chance de voir un bouquetin et un chamois !! si siiiiiii les 2 ensemble… je fais une pause photo avant de continuer. Un petit faux plat et une petite montée, et là … ouaaaaaaaaaa bimmmmmm les yeux !!!! Derrière, on retrouve la vallée, avec le Cervin, le Mont Rose… ouaaaaaa quelle vue incroyable !!! 


Ce qui est rigolo depuis un moment, ce sont les petites douleurs…. Forcément, elles sont présentes, surtout dans les jambes !! Mais elles se déplacent : une fois une gêne au genou intérieur, ça se déplace à l’extérieur, puis ça va à l’adducteur… mais bon ce ne sont pas vraiment des douleurs handicapantes ou quoi, juste des sensations ! Je suis toujours assez bien physiquement…
La descente est assez longue, surtout avec mes pieds qui me font toujours souffrir mais ça devient une habitude alors je n’y pense presque plus… J’arrive enfin à la 5ème base vie après une étape sympa. Le moral est bien présent, je suis dans le bon tempo, je me rapproche de l’arrivée.. Bon il reste quand même 100km…. Pfffffiouuuu !! Valtournenche au km 236 !! 




Petite douche, et petit dodo 30 minutes où c’est papa qui vient me réveiller… à chaque réveil, c’est un sentiment de chamalow incroyable… la tête dans le pâté !! C’est dur dur mais je suis motivé ! Je vais manger, on rigole pas mal avec les gars. Je retrouve Sandrine et lui demande comment ça va… Je change de chaussure pour voir et essayer de soulager mes pieds. 
Je repars de Valtournenche à 17h et Pierrot me fait la surprise d’être prêt pour faire une partie avec moi !! cooool ! On monte en direction du lac Cignagna. Ça monte pas mal mais ça se fait bien, sur un rythme pépère. Le soleil se couche petit à petit, c’est assez beau avec le ciel bleu… pour l’instant, j’ai moins mal aux pieds, mais je vais devoir attendre car dans les montées ça allait aussi avant… On passe au pied du grand barrage du lac, et on arrive assez vite au refuge Barmasse pour un petit ravito de quelques minutes, il y a une petite vue sur le lac, c’est vraiment jolie avec le Bout du haut du Cervin que l’on voit… Allez on continue. En repartant du refuge, 2 coureurs viennent vers le refuge en courant… ohhhh mais c’est Oscar Perez, le favori de la course…. Qu’est-ce qu’il fait là ?? Je l’arrête, lui serre la main et discute 3 minutes avec lui. Il s’est arrêté à Donnas soit disant pour une douleur à l’adducteur… il m’encourage, c’est cool !! 

On repart sur du faux plat descendant puis montant. 



La nuit tombe, on met les frontales, et on monte, on monte, il fait de plus en plus froid, on attend le refuge… quand on regarde loin avec les frontales, on voit le chemin des balises qui trace le chemin, mais à chaque fois qu’on arrive en haut, ça continue, encore et encore…. Mais en fait …. Le refuge se déplace, c’est pas possible ??? J’en ai bien marre là, heureusement que pierrot est là pour discuter !! Je suis aussi de plus en plus fatigué… j’ai hâte de dormir un peu !! Ahhhh ça doit être là …. Mon cul !! Encore rien à l’horizon !!! pfiouuuuu 
Bon puis un moment on l’aperçoit, mais il faut encore monter un peu ! Enfin on y arrive.. un petit refuge où il n’y a presque pas de place.. Je vais dormir un peu, Pierrot me suit aussi. 30min au programme !! Bon je ne dors pas beaucoup car il n’y a pas de séparation totale entre la chambre et la salle, les italiens parlent fort, ils sont nombreux, ça rigole, bref !!!! Mais ça fait du bien quand même ! On mange un peu, l’ambiance de la salle n’est pas top car ils font chauffer au feu de bois, ça pue et ça irrite la gorge ! Mais bon une petite patate et du saucisson, et du bouillon ça passe bien, et c’est surtout qu’on rigole bien avec d’autres gars : Jean-Michel qui cherche une lampe qui est en plein milieu du banc, Xavier…

Pfiouuu il faut repartir. Là pour le coup, il fait vraiment froid dehors, ya beaucoup de vent, et je tremble comme un débile en sortant pendant quelques minutes… Je me réchauffe vite en montant. Place à une descente… ouaaaaa descente de fou !!! Le chemin est large comme mes épaules à peine, ça descend très pentu du genre très pentu, et je me dis qu’il vaut mieux ne pas tomber pour ne pas rouler bouler sur 300 ou 500m plus bas… Je commence à avoir bien mal au genou, en fait dès le début du plat avec mes nouvelles chaussures, j’ai eu mal au genou gauche !! putain !! On enchaine les montées et descentes bien pentu avec du vent et il fait vraiment très froid… bon comme un débile, je reste en short parce que j’ai la flemme mais j’ai froid… il ne fait pas loin de 0 degré, et avec le vent, ça caille sec !! La fatigue est vraiment là et je ne suis pas loin de m’endormir en marchant par moment… dur dur !!! Je dis à pierrot que je dois m’arrêter faire une micro sieste !! Alors on s’abrite du vent derrière un rocher, et je dors 3-4 minutes et hop faut repartir !! bimmmm encore une descente du feu de dieu, avec vraiment du vide à côté… des passages bien dangereux où il ne faut pas tomber, et ne pas s’endormir surtout !!! 
Là par contre, on est surpris de voir le refuge apparaitre vite au détour d’un virage, on ne s’y attendait pas et c’est plutôt cool !! Refuge encore plus petit, juste une pièce et une table… et le dortoir est dans une tente presque hermétique dans laquelle on souffle de l’air chaud !! Ce n’est pas très sain toussa, mais bon je dois dormir, alors pause de 15 min, et au moins, on est au chaud, dans un fourrrrrrrrr !!!! Bon les 15min passent en 2 min, et quand il faut ressortir dehors, c’est la grosse galère tellement je tremble de froid !!!! On s’arrête au refuge pour manger un peu… 

Pfiouuuu le départ est terrible tellement il fait froid !!!! On se lance dans la descente, toujours bien pentu le début et dangereux. A part le froid, c’est une superbe nuit et la lune éclaire encore les montagnes, c’est toujours très beau, mais je ne suis pas d’humeur à trop contempler les montagnes, j’ai juste envie de trouver un grand lit au bord du chemin !!!! 
La descente est longue, très longue, le jour se lève, je suis frigorifié, c’est interminable, encore encore, j’en ai marre (Pierrot aussi d’ailleurs), on ne voit pas la fin, encore, interminable, ahhhhhhhhhhhhhh encore…. J’ai mal au genou, ce n’est pas encore fini, ahhh un village, mais non ce n’est pas là….. J’ai froid, c’est long…. Pour rigoler je sors à pierrot : « tiens ça serait marrant qu’ils nous fassent remonter » en étant sûr que ça ne serait pas le cas….. et bah bingoooooooo !!! on arrive en bas, on retrouve cricri et Papa et hop il faut qu’on remonte un bout…. Putain !!! Ça fait quand même du bien de retrouver les gars même si on est de mauvaise humeur (désolé les gars !!!!). 
271ème km… Oyace… 119h de course et je suis mort !!! Petit dodo de 30 min. C’est de pire en pire pour se réveiller et repartir !! Et là à Oyace, c’est un peu la panique !!!! Il y a certain gars qui me disent de ne pas trainer car le col à passer est dur et que la barrière horaire à la dernière base vie est très petite… pfffffffff le stresssss de merde ! J'appelle Roxane, une amie qui a fait le Tor l'année dernière pour savoir comment est la prochaine partie, si c'est juste et tout.... elle me dit "zen, tout va bien, fait ton truc".. elle me rassure et ça fait du bien de l'avoir eu au téléphone! 
Je mange et repars assez vite… 




Je repars tranquillement pour gérer la montée, il fait bon et chaud ! J’arrive au ravito à mi-montée. Les gars se mettent carrément la pression, on demande combien de temps pour monter, pour descendre machin… c’est comme si c’était presque mission impossible !! Je repars vite, les gars repartent à fond, je suis presque mort de rire… je garde mon rythme, et je rattrape très vite les gens partit devant, ils ont carbonisés et n’avancent plus… je les encourage quand je les double !! J’arrive au sommet, toujours un peu stressé, je ne prends même pas le temps de prendre une photo (quel con !!!) ! La descente est pentue, le genou me fait mal mais je suis tellement fatigué que c’est comme si j’étais anesthésié donc ça passe ! La descente est longue…. Toutes les descentes me paraissent longue et interminable maintenant… heureusement qu’il fait beau et que j’ai la musique pour me changer les idées. 
J’arrive enfin à la dernière base vie Ollomont au km 283 !!! En effet, je n’ai que 1h40 d’avance sur la barrière horaire…. Humhum !!! Je vais dormir 30min… et la grosse loose, je retrouve les vieux lits de camps que je déteste…. Je dépasse, je ne sais pas comment me mettre, ça fait du bruit, quelle horreur !!!!! Je dors quelques minutes quand même, Papa vient me réveiller, toujours dans le chamolow et les nuages !! Je vais manger, mon père me ramène une assiette de friiiiiiiiiiiiiiiiiiiiites !!!! humhummmmm quel bonheur !!! ahhh trop bien !! En dessert, c’est biscuit au ……. Nutella !! la totale, avec du coca !!! 





Je repars revigoré pour la dernière partie !!! Nous sommes vendredi, il est 18h et bientôt ma dernière nuit en montagne… Je repars avec un peu plus d’1h d’avance sur la barrière horaire…. Seulement, c’est chaud patate !! J’ai remis mes chaussures du début qui me font mal aux pieds mais moins mal au genou… 
C’est parti pour l’avant dernier col… la montée se fait bien. Je me surprends à reverser quelques larmes en pensant à tous les messages, mais cette fois ci en me disant que c’est chaud, et je m’imagine ne pas y arriver, je n’ai pas beaucoup de marge, et pas le droit d’avoir des pépins… Petit arrêt au refuge Champillon puis il faut remettre la frontale !! Je m’équipe aussi en mode nocturne, et cette fois, je mets pour la première fois mon sur pantalon par-dessus mon short, un polaire chaud et ma veste !!! je suis bien et je n’ai pas froid, c’est certain.. Je fais la fin de la montée avec les gars que je croise souvent : Xavier et un autre gars. 

Lets go pour la descente ensemble… une descente où on va beaucoup rigoler !! Xavier est dans un mode zombi et titube sur le chemin, tape dans chaque cadeaux, et hop une petite chuteeeeeee … on rigole mais c’est presque dangereux !!! Mais on rigole !! Derrière, il y a un japonais qui nous suit et qui a peur d’être tout seul dans le noir… il nous a attendu en haut qu’on parte et qu’on le double pour nous suivre ! On fait une pause, il s’arrête avec nous mais ne dit pas un mot !! Il est encore plus zombi… La fin de la descente est longue, j’ai du mal à suivre les gars… pas par manque physiquement mais par lassitude, j’ai envie de laisser couler, mais je me force pour garder le rythme et du soutien en parlant ! On arrive en bas, refuge Ponteille !! C’est conviviale, des patates avec de la viande grillé bien bonne qui passe très bien !! On retrouve Bob, un autre coureur que je croise souvent ! 
Bob et un autre gars repartent avant, et moi j’attends Xavier pour affronter une partie plate…. Devant nous 12-13 km bien plats… on part d’un rythme correct… on discute mais ça devient très vite le bal des zombis… mais des zombis complètement morts !!!! il y aurait de quoi rire…. Xavier titube comme un fou, je ne suis pas mieux… les hallucinations sont bien présentes et chaque caillou s’anime, chaque caillou devient un objet, c’est assez fascinant l’imagination. On double le japonais en mode sketch : le gars court….moins vite que nous on marche (on marche à environ 4 km/h) c’est impressionnant, il court sur place en montant les genoux et en titubant comme un fou, ça fait peuuuuuuur !!! Je propose à Xavier une micro sieste parce que ça ne peut pas continuer comme ça, on va tomber sinon… Hop on s’assoit au bord du chemin, et 4-5 minutes de sommeil à se réveiller par réflexe… hop débout, je réveille Xavier qui était déjà dans sa nuit allongé au pied d’un arbre… on repart.. Je prends mon rythme et sans trop m’en apercevoir, j’ai distancé Xavier, mais bon je continue mon rythme…. 

C’est plat, c’est long, je me demande si ce n’est pas le passage le plus dur jusqu’à maintenant… et oui l’endroit le plus plat est le plus chiant ! C’est tellement long en marchant… On passe dans un village, mais ce n’est pas là… C’est terrible !!! Le sommeil me fait imaginer des formes, des gens sur le bord du chemin. Ce qui est drôle, c’est que je sais que j’hallucine, alors quand je vois un truc, je me dis « attention, qu’est-ce que c’est en vrai ? » Alors je m’approche et évidemment, c’est totalement autre chose, souvent de gros rochers ou des arbres…, c’est rigolo !! J’arrive enfin à Saint Rhémy totalement décalqué et mort de fatigue. Je retrouve mes accompagnants en pleine nuit, il est 1h30. Il faut que je dorme !! On commence vraiment à voir la fin… et maintenant, l’objectif de tout le monde, l’objectif ultime c’est d’être au prochain refuge qui est la dernière barrière horaire !!!!! Il faut y être avant 8h du matin…. Les gens nous disent qu’il faut 4h pour y aller… j’ai donc un peu d’avance alors je vais dormir 30min… 
Mon père vient me réveiller, et c’est le pire réveil de toute ma vie… je ne sais plus où j’habite, je ne sais plus où je suis, je suis dans un tel pâté de chamalow, c’est absolument horrible… je crois que j’ai dit à mon père « que je ne voulais pas repartir »… c’est un moment vraiment très très difficile !!! Alors j’émerge tranquillement, et me reprépare… je sais que c’est la fin, que c’est tout proche, mais que c’est dur, un sentiment tellement indescriptible !! 






Je vais manger, ça fait du bien, et surtout je retrouve Jean Michel qui fait son sketch en nous racontant comment il est surexcité, il bouge dans tous les sens, c’est tellement drôle !!!! Bob est là aussi, et on repart ensemble. D’abord une partie en faux plat montant… mais c’est dur, je donne le rythme, mais je suis tellement fatigué ! Puis ça y est on monte, on voit au loin la lumière du refuge… c’est loin mais on y est presque !! La montée est très dure pour moi… je m’arrête une première fois, une deuxième fois pour souffler, Jean Michel est revenu parmi nous… il est trop drôle, il part à fond, puis s’arrête, on le rattrape, il repart, on revient, c’est rigolo !! J’avance vraiment à 1 km/h, plus de force, je suis mort, j’ai l’impression que je n’atteindrais jamais le refuge !!! Et bien en mettant un pied devant l’autre, doucement, le voici, la délivrance, la DELIVRANCEEEEEEEEEE vraiment !!!! 

J’y arrive vers 5h30… j’avais de la marge en fait… Je pointe et c’est un sentiment de presque victoire !!! Incroyable !!! On se tape dans les mains, yessssssssssssssss yessssssss yesssssssss, je retrouve Lucy que je prends dans mes bras !! Je profite du lever de soleil tellement magnifique, je mange, et hop je fais une sieste de 15min sur la table !! 




Ahhh putain que c’est bonnnnn d’être là !!!! Bon ok ce n’est pas encore gagné, il faut être à Courmayeur avant 16h, mais bon on est tous content !! Je repars avec Xavier et Jean Michel, mais Xavier nous laisse pour faire une sieste au soleil juste avant l’ultime montée du dernier col. La montée est cool, au soleil, le plaisir est revenu même si le mur final est bien pentu… me voici en haut du dernier col….. le 25ème, le Col Malatra à 2930m d’altitude… le col de la délivrance, le col du bonheur, le col du soleil… la vue est incroyable sur la vallée d’aoste. On fait des photos, je profite !!! 








Place à la descente… bon j’ai toujours mal au genou mais ça me passe au-dessus dans la tête.. 2-3 passages où les larmes recoulent un peu, mais là c’est du bonheur, je vais y arriver, tellement incroyable !! J’ai l’impression que le départ a été donné il y a 3 mois.. C’est vraiment spécial !! Il ne fait pas chaud à l’ombre, et je suis content de retrouver le soleil sur le faux plat descendant sur le refuge Bonatti. 

J’ai le plaisir de croiser Grégoire Millet (chercheur en physiologie en ultra trail) accompagné d’une de ses étudiantes. Je discute 2 minutes, il me dit que Sarah veut le faire l’an prochain… je regarde Sarah et lui « non ce n’est pas une bonne idée » en rigolant, et Grégoire répond en parlant à Sarah « tu verras, il dit ça maintenant mais demain il aura changé d’avis »….
Hop je repars et j’arrive à Bonatti… je m’assois 5 minutes pour manger un peu, Xavier m’a rejoint et Jean Michel est parti devant… Place à la partie semi plate et vallonante entre Bonatti et le refuge Bertone… 10 km qui seront long, j’ai du mal à savourer dans cette partie qui m’emmerde. J’ai mal au genou quand je marche sur le faux plat descendant alors je me mets à courir !! A part mon genou je n’ai absolument pas mal aux jambes, ni de courbatures, c’est incroyable !! Très très long à venir ce refuge, mais quand j’y suis c’est le bonheur !! Il fait beau et chaud… beaucoup de coureurs s’y sont arrêté pour boire un coup, se reposer tranquillement… je reste debout, mange un dernier truc et hop j’attaque la descente ! La descente finale, une descente finale que j’avais montée en 2009 sur le tour du Mont Blanc et qui m’avait paru terriblement dure !!! En effet, ça descend bien, c’est technique, mais je cours…. Ça me fait moins mal au genou quand je cours que quand je marche.. Enfin courir est un grand mot, je suis à 4-5 km/h hihi !!! J’ai l’impression d’être dans une descente d’enfer… je double beaucoup de coureur qui sont blessé, qui boitent, qui crient de douleurs, c’est assez terrible !! Ça me fait de la peine de les doubler mais bon, je continu mon rythme de croisière… J’y suis presque !!! 
J’entends la trompette en bas, une trompette que j’ai entendu souvent, quand papa, cricri et pierrot m’attendaient dans les vallées, ils faisaient souvent de la trompette que j’entendais d’en haut, et répondait par des wouhouuuuuuuuuuuuuuu !!! Et là c’est le dernier coup de trompette que j’entends d’en haut… nostalgie ……………..!!! 
Je les retrouve, il reste un bout de chemin, puis la route qui mène dans le centre… Je marche… on fait une petite pause photo quand on croise à nouveau Oscar Perez qui reconnait mon short ! 





Et voici le centre, on tourne devant l’église avec du monde qui applaudit sur les marches, quel sentiment incroyable… je les salue, dernière ligne droite dans le centre-ville avec les applaudissements « braviiiii » « complimenti » 
Et voilà le tapis rouge entre les barrières… l’arche d’arrivée !! Une arche d’arrivée que j’attends depuis 147h30 ….. Je monte la dernière marche, celle de l’arrivée….. Tous les sentiments se mélangent… je salue pour les photos et je franchi cette ligne en 147h31 !





J’embrasse mon père et Cricri !!! C’est fait…. wouhaaaaaaaaa
Tellement indescriptible… Je ne sais pas quoi faire, je suis perdu !! 
Ce qui semblait inaccessible est là, j’y suis, je l’ai fait ce putain de Tor des Géants, JE L’AI FAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIT !!!!!!!!!!! yessssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss yesssss yesssss !!

330km et 24000m de dénivelé positif !!
Je pense que pas beaucoup de monde y croyait….Même moi, je dois vous avouer : je me suis inscris un peu sur un coup de tête même si j’y pensais depuis un moment, je me suis inscris sans trop penser à la dimension de cette course. Quand le départ a été donné, j’ai pris conscience de cette dimension justement, et pendant les 2-3 premiers jours, je n’y croyais pas, je marchais en me disant que ce n’était pas possible de faire le tour en moins de 150h… c’était invraisemblable ! Puis j’y ai cru au fur et à mesure… 

Et me voilà sur la ligne d’arrivée !!! 

Une course tellement incroyable… des paysages extraordinaires, un parcours tellement varié, on a tout eu : du roulant, du technique, du très technique, des chemins en balcon, des chemins en forêt, de la route, de la ville, de la boue, du soleil, de la pluie, tout tout tout !! Malgré la difficulté, j'ai pris énormément de plaisir !!

On est tellement dans notre bulle, on s'est fait une vie de 6 jours, et on ne fonctionnait pas en terme de jours normaux mais plutôt en terme de cols, de bases vies et des 7 parties... On parlait de demain ou de hier alors que "nos nuits" qui duraient que quelques minutes ou heures, et à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit... Seulement 8h de sommeil au compteur durant ces 147h31....

Les gens, habitants comme bénévoles sont tellement accueillants et gentils, une vallée vraiment magique !! 






Au rayon des remerciements : 

-       >  En premier la team cochonou et les trompettes : ils ont fait tout le Val d’Aoste et ses vallées, à tout heure pour me suivre, m’assister sur les ravitos, m’encourager, m’accompagner un peu parfois… et sans eux, il n’y aurait pas eu de ligne d’arrivée !!! Enorme MERCI PAPA, MERCI CRICRI et MERCI PIERROT !!! Grand grand merci !!! 

-       >  Ensuite à vous tous qui m’avez suivi de près ou de loin avec vos messages facebook, texto, WhatsApp et tout et tout…. Si vous avez lu tout le résumé vous aurez compris l’importance que vous avez joué… c’était tellement agréable de lire vos messages… ils m’ont tellement ému dans certains moments… que ça motivait énormément

-       > A tout ceux qui m’ont subi avec ce truc de débile notamment au magasin où je travaille et d’où vient quasiment tout mon matériel : RUNNING PLANET GENEVE et ses responsables David et Jean Marie ainsi que Roland ! Merci à vous

-       > Merci à ceux qui m’ont donné des titres de musique… ça paraissait débile, mais ça m’a énormément aidé !!! alors merci d’avoir joué le jeu !! 

-       > Merci à Alain et Jérôme d’avoir préparé cette aventure avec moi et de m’avoir fait partager la première partie avec vous ! 

-       > Merci à tous les bénévoles, supporters inconnus des bords de chemin pour l’enthousiasme dont vous faite preuve durant toute l’épreuve, c’est magique

-      >  Merci à tous ceux qui n’y ont pas cru de m’avoir donné la force d’aller au bout

-      Et enfin MERCI A CE TOR DES GEANTS 2014 DE M’AVOIR FAIT VIVRE CETTE PARENTHÈSE DANS UNE VIE PARALLÈLE QUI M’A SUREMENT CHANGE A VIE….



Grégoire Millet avait raison (j’aurais pourtant parié des millions le contraire) : j’y reviendrais et je le referais !  

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