mercredi 14 mai 2014

Transvulcania : les canaries en folie !

Un an que j'étais inscrit à cette Transvulcania (manche de coupe du monde de skyrunning de 73km et 4400m de dénivelé positif).. un an d'attente avec une terrible envie de découvrir cette  île et cette course.. tout le monde semblait faire de cette course à part de toutes les autres.. une semaine après  l'édition de l'an dernier, voilà que je m'y inscrit sans rien avoir regardé niveau avion et logement.. mais je suis inscrit.. Biiiiip biiiiip

Un an plus tard je suis passé du côté de ceux qui ont fait et terminé cette course... petit retour en arrière de quelques heures :

Finalement je débarque sur Gran Canaria le jeudi (au lieu du mercredi) avec 14 normands venus passer leurs vacs.. mes parents, deux tatas, cousins, amis, puis dès le vendredi matin, re-avion pour l'île de la course La Palma, avec une escale à Tenerife qui a failli mal se passer puisque mon avion initialement prévu est annoncé complet.. du retard, je gueule un peu (en anglo français incompréhensible mais ils m'ont bien comprit puisqu'ils ont sorti une hotesse pour me laisser la place, bref), je rejoins la team Running Planet, mes potes Cedric et John déjà sur place depuis la veille.

Allons chercher le dossard que j'ai attendu 1h30 pour le précieux sésame et le tee shirt orange pétaradant tiptop classe.
 Forcément obligé de le mettre pour se la péter dans la ville.. mais bon on a pas encore prit le départ! ! Petit tour à la piscine et détente avant la tempête.



Avant course
Réveil à 2h le samedi matin pour la navette le matin de la course est à 3h et nous faisons 1h de bus. On se retrouve à l'extrême sud de l'île juste à côté du phare de Fuencaliente.. et surprise en descendant du bus.. gros gros vent, pas froid mais assez fort qui nous fait bien frissonner.. et dire qu'on a 2h à attendre avant le départ à 6h. On cherche un coin pour s'abriter comme tous les coureurs.. j'ai une veste et la capuche et je n'ai pas chaud.. difficile de se dire qu'on va avoir trop chaud.. et pourtant! ! 1h avant la course, on rentre dans le sas de départ et l'attente commence.. avec un compte à rebours projeté directement sur la paroi rocheuse.






Départ
On est au bord de la mer.. le temps passe assez vite jusqu'au départ,  l'ambiance monte tranquillement,  la musique, le speaker espagnol à donf les ballons, tous les favoris arrivent petit à petit, au loin je reconnais une autre connaissance de Genève Renaud Salmon, grand coucouuuuu !!

Le compte à rebours s'accélère,  10, 9, 8, ... 2, 1, Oyé Oyé!

On fait 200m et on contourne le phare pour attaquer directement droit dans la pente, et un petit bouchon se forme et on met quelques minutes pour monter et c'est l'anarchie. 


Allez le ton est donné,  je suis avec John, et devant nous une longue montée. Le chemin de lampes frontales serpente, je me retourne et ça fait joliiiiiiie.
Le chemin n'est pas compliqué mais c'est du sable volcanique noir dégueulasse qui va user.. le vent qu'on avait au départ est moins violent,  on est abrité par des petits arbres. On enlève la frontale au bout d'un peu plus d'1h, juste avant d'arriver au 1er ravito à 7km..
un monde de fouuuu nous attend dans le village digne d'un col du tour de France.. la folie avec la musique.. tout le village doit être la, c'est énorme. "Venga venga" "animooo" "arribaaaaa" je bois un verre d'eau et hop on repart.. après une bonne côte sur des sortes de pavées, on reprend le chemin sabloneux.. ça ne monte pas très raide mais c'est bien épuisant pfiouuuu on avance d'un pied pour reculer de 2.. ou presque!! Tout va bien jusque là.. on commence à apercevoir les vues sur la mer en se retournant..




Ouaaaaaaa et c'est que le début...

On slalomme dans la montagne entre les arbres c'est jolie.. ça monte, on discute.. mais depuis le départ on se mange des litres de poussière.. c'est terrible!! On respire presque que ça.. on est les uns derrières les autres.. allez hop hop hop une deux une deux.. on arrive au 2 ème ravito à 17km et 1900m d'altitude..
(on est partit de 0m pour rappel ) je suis toujours pas mal... heureusement !! bon jusque là on a fait presque que marcher.. je suis toujours accompagné de John.. la moyenne est de quasiment 5 km/h. Toujours que de l'eau au ravito.. donc je rempli les gourdes et hop on y gooo..

Le terrain s'applatit un peu, on alterne faux plats montants et surtout à profil descendants avec des chemins de terre qui remplacent le sable. On commence à avoir la vue sur la mer aussi du côté gauche (est de l'île) avec la vue sur.... l'arrivée..
et là l'idée de couper avec John : bon on le fait pas, de toute façon le podium des gars sera déjà arrivé hihihi.. bon bah on continue et il nous reste 53km..

Le ciel toujours bleu, la mer de nuages à perte de vue à droite avec le volcan de l'ile Tenerife qui dépasse majestueusement.
Il y a toujours du vent qui nous évite d'avoir trop chaud pour le moment.. tout roule pour l'instant! On est dans un sous bois au ravito de El Pilar où il y a le départ du maraton et donc un moment de folie aussi.. c'est un truc de fou !! C'est le premier ravito solide.. on est au km 24, je mange un bout de patate douce, et 2/3 conneries dont un petit bonbon Hummmm !

 Allez je repars toujours avec John et la devant nous 5/6km de (faux) plat où j'hésite plusieurs fois entre courir ou marcher.. ?? Bon j'alterne entre les 2 et dis à John de filer faire sa course moi je continue à mon rythme.. bon on arrive au ravito de El Reventon où on s'était dit que la course commençait à partir de maintenant.. on recommence à monter tranquillement.. j'essaye de gérer au mieux et de ne pas me mettre dans le rouge.. la végétation commence à disparaître pour laisser place aux paysages lunaires et/ou marssiens.. on a la vue des 2 côtés toujours ciel bleu pur sublime.. John est parti devant.. en montant on commence à voir le Roque de Los Muchachos qui nous nargue au loin.. le tour est encore long! On alterne surtout des montées avec quelques mètres de descente histoire de bien couper les jambes..



Un bon coup de cul m'emmène vers le Pic Nieves.. où je commence à me rendre compte que je suis déjà entamé et cette succession de bosses est usant surtout que maintenant il n'y a plus d'abris, le soleil tape, le vent est de moins en moins la voir absent et là aie aie aie.. Cette île est connue pour être un site d'observation d'exception mondial, l'un des tous meilleurs endroits pour observer les étoiles de part sa pureté et sa luminosité.. juste avant d'arriver au Pic de la Cruz, devant moi je discute quelques instants avec 2 filles françaises... ça fait plaisir car personne ne parle français..on arrive au ravito liquide.. où comme à tous les ravito les bénévoles sont des anges.. "aqua aqua aqua" il y a ceux qui sont là pour nous mettre des litres d'eau sur la tête qui fait du bien.. mais 7 min chrono après le saut sur la tête, je suis à nouveau tout sec!! C'est terrible !!

Bon je me rapproche du Roque Muchachos.. mais il est encore tellement loin!!! Le paysage est toujours surréaliste avec le nord de l'île, ses côtes et la mer de nuages à perte de vue, de l'autre côté le cirque du parque naturel de plusieurs couleurs.. Derrière moi au fond, on voit toujours l'île Tenerife mais aussi 2 autres îles : La Gomera et El Hiero.. superbe!
Après quelques minutes assis pour récupérer un peu.. je repars en direction du Roque Muchachos à 2500m d'altitude.. on va alterner du vallonage et descentes et montées et quelques dizaines de mètres mais c'est interminable..

Coup de chaud
Et la bimmmmmmmm coup de massue! Dans la dernière montée pour le sommet.. une montée de 500m en distance peut être, à peine.. que dalle mais qui va me tuer!! Je m'arrête une 1 ère fois pour respirer 3/4 min.. et repars pour 4 min de marche et bimmmmmmmm je dois m'arrêter encore et je m'assois 4 min.. je repars et bammm je dois encore m'arrêter à 20m du sommet, je suis en total surchauffe.. assis je commence à voir les étoiles.. je me verse mes gourdes d'eau sur la tête.. la respiration est dure.. je met 8/10 min avant de repartir à une grosse moyenne de 1 km/h grand max.. pour les 20 derniers mètres.. arrivé au sommet, je suis déjà exténué.. chaleur à mourir et il fait encore plus chaud sous le barnum du ravito.. je trouve un coin à côté des poubelles à l'ombre.. je me pose 10 min.. respire et reprend mes esprits..


Allez allons chercher une assiette de pâtes thon froid qui passera pas trop mal.. je reste assis encore 15 min, l'esprit revient doucement.. je me lève pour allez reprendre 2/3 trucs à manger et à boire et remplir les gourdes et remette la testas sous l'eau.. bon allez je reprend le chemin en me disant qu'il y a que de la descente.. petite photo au Roque de Los Muchachos quand même.. je ramasse même un petit caillou volcanique en souvenir.. devant moi 14km de descente.. mais quand même 2400m de négatif puisqu'on va jusqu'à la mer.. bon je suis confiant, je suis pas mauvais en descente donc je me dis que je vais pouvoir gérer un peu.. mon cul!!!!

Et la incroyable les espagnols ont inventé la descente qui monte...
putain de merdasseeee.. j'en peux plus!! Et c'est interminable ça descend et hop ça remonte!! Enfin c'est pas pentu mais quand même !! Il n'y a plus un poil de vent.. pfiouuuu

Et quand la descente descend.. c'est du bien technique où il est difficile voir impossible de courir dans l'état dans lequel je suis.. j'alterne donc marché et course.. musculairement cava à peu près mais respiratoirement c'est difficile et je force ma respiration.. je décide de courir seulement les parties faux plats descendants sans difficultés mais elles sont bizarrement rare.. j'arrive au ravito au milieu de la descente.. toujours aussi chaud.. je m'assois quelques minutes pour boire et manger un peu.. il reste à peine 6km de descente et encore 1300m négatif, ça me paraît interminable !!

Panique
Et la je regarde ma montre et vois qu'il reste que 2h30 pour arriver.. et que ça fasse moins de 16h soit à 2h l'heure à laquelle on avait réservé la navette retour avec les gars et à laquelle j'aurais du arriver large.. et ben après un calcul mental je me dis que ça va être chaud patate !!

Alors je repars en essayant d'aller plus vite.. ce dont j'ai l'impression.. le soleil descend, les arbres l'ont recaché un peu, c'est plus supportable.. le temps defile et la descente n'avance pas.. (enfin plutôt moi).. je sais pas pourquoi je pense que la barrière horaire est 16h de course pour l'arrivée.. le calcaire continue, c'est long.. tellement long cette descente.. je commence à bien sentir mes cuisses.. et une presque petite tendinite derrière le genou droit qui ne m'empêche rien en même temps.. on commence à revoir un peu de gens, le port se rapproche.. et le soleil se voile et ya du presque brouillard.. presque froid.. presque!!!

J'arrive en bas au bout 14h45 de course (et 4h de descente pour 14km.. je vous laisse calculer L'ÉNORME moyenne),
il reste 4,8km avant l'arrivée, 300m positif et c'est la délivrance.. et il reste 1h15 pour le faire.. j'y crois.. Sauf QUE au ravito je m'arrête pour boire et je suis complètement décalqué.. je repars en même temps que le magnifique couché de soleil.. un passage sur la plage et hop on part dans le lit d'une rivière..
complètement sèche évidemment !! C'est plat.. j'essaye d'imprimer un bon rythme de marche (oui oui j'ai abandonné l'idée de courir depuis longtemps), et je suis vraiment confiant pendant ... Euhhh.. 600m.. j'arrive pas à tenir le rythme de 5km/h de marche.. merde de merde !! Je renonce pas, le canyon s'allonge de haut mais toujours pas d'eau..

Au fond du trou
Allez j'attaque la montée en me disant de tenir un rythme sympa (à ce stade rythme sympa = pas plus de 3km/h).. ça dure 3 min et c'est l'explosion.. obligé de m'arrêter.. je reste debout, respire..  je repars mais je fais à peine 1 min à 2km/h et je dois m'arrêter.. surchauffe d'anthologie et crampes qui arrivent de partout.. je bois, je me verse de l'eau sur la tête car je suis au bord du malaise pour la 2 ème fois.. il fait moins chaud, le soleil est couché et il est temps de ressortir la frontale.. Les coureurs que j'avais doublé dans la descente me repasse devant.. pas de mal vu mes fesses sur le caillou.. ils essayent de m'encourager mais je dois encore attendre.. il me reste que 30 min pour les moins de 16h et 3km soit mission impossible!!

Je sors le portable qui était en mode avion pour prévenir Cedric et John que je ne serais pas à l'heure.. ils ont déjà essayé de me joindre forcément.. j'écris un petit message "j'arriverai vers 22h30, peux pas aller plus vite, je suis au fond du trou", j'appelle John pour lui dire la même chose de vive voix.. allez hop je range.. et repars mais à un gros rythme de 1km/h et un appuis toutes les 12 secondes presque et respirant forcé!! Je n'avance évidemment pas mais le comble c'est que je dois quand même m'arrêter un peu toutes les 2 min grand max.. c'est du folklore, moi j'vous le dis!! Ah oui j'oubliai de dire que j'ai tellement de crampes que quand je m'arrête je ne peux pas rester debout.. il fait nuit, des tonnes de gens me doublent en m'encouragent toujours en espagnol forcément..

Chaque pas est une souffrance et une lutte pour ne pas rester bloquer sur place.. ça monte en lacets sur des pavés galets.. c'est interminable!! Allez on arrive à la maison qui signe la fin de la montée.. j'ai du mettre presque 1h pour cette affreuse montée de même pas 1km.. tristesse !! Allez il reste que du plat.. Les crampes sont partout.. allez ligne droite dans la ville.. j'en vois même pas la fin.. ya encore du monde dans la ville, il est 22h15, tous les gens : Les habitants, les gens aux bars, les jeunes et les moins jeunes.. tout le monde m'encourage.. c'est énorme.. Les gens veulent taper dans la main.. j'essaye de sourire.. je vois le bout du tunnel.. la ligne droite est interminable.. mais ça va ça sent la fin..

L'arrivée
Un Droite gauche et me voici dans la ligne droite finale.. Celle du tapis rouge.. Celle qui faisait rêver quand on regardait des vidéos.. et J'y SUIS .. incroyable.. je sors mon téléphone pour filmer ma ligne droite. Encore pleins de monde pour applaudir.. c'est tellement énorme.. je l'ai tellement attendu et espéré.. et je suis la.. hop tape dans la main de mes copains John et Cedric.. et une main d'un gamin.. et hop je franchis la ligne en 16h30 complètement mort mais heureux.. la médaille.. je m'assois au bout de la ligne.. mais on me dit de me relever..
je vais chercher mon tee shirt finisher.. c'est fait !! Pfiouuuu





 Une course fantastique.. indescriptible tout simplement.. mais tellement difficile avec la chaleur.. des paysages incroyables et surréalistes.. des gens sur l'île qui sont tous là pour la course et la rendre magique.. des bénévoles tellement au top.. rien à redire !

Merci à tous ceux qui m'ont suivi de près ou de loin, j'ai pensé à tout le monde dans mon calvaire.. et ça m'a vraiment empêché d'abandonner, alors MERCI !!
merci à mes camarades de course Cedric et John c'était un vrai plaisir.




Merci à mon fan club Pour le bel accueil à l'aéroport à mon retour sur l'autre île.. magnifique



5 commentaires:

  1. houlala, houlala!!!! ça avait l'air vraiment, vraiment difficile!
    On souffre avec toi quand on lit ton récit. Mais tu l'as terminé et tu a découvert des paysages extraordinaires.
    Un grand bravo à toi. FELICITATIONS.
    Eric

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  2. Salut Frédo, t'es un grand malade!! tu as vraiment trop souffert...mais bon tu as terminé. Un grand bravo. Valérie

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  3. cc Fredo, c'est Eléa bravo pour ta place ça avait l'air dur et les conditions avaient l'air très dur, mais tu t'es bien débrouillé et tu as fini.

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  4. Coucou Fredo, un grand BRAVO pour cette course qui avait l'air ......très difficile mais aussi .....très magnifique, apparemment tu as eu chaud ....très chaud , mais au moins toi tu as eu du soleil et de la chaleur , chez nous a Bernay c’était le déluge !!!! encore bravo car pour ton premier "Transvulcania" tu t'es vraiment bien débrouillé et surtout tu l'as fini !!!!! BRAVO!!!
    LOLO

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  5. Bravo Fredo de n'avoir rien lâché ;-)

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