mardi 6 novembre 2012

Doublé Templiers-Hospitaliers réussi



Cette semaine post-trail des Templiers a dû être l’une des plus longues de ma vie. Je suis resté seul jusqu’à mercredi soir dans le camping Causses-village Vacances de Thierry dans le typique petit village d’Aveyron Saint Geniez de Bertrand, bien encastré dans un beau cirque tout autour. Après les Templiers, j’avais une semaine de repos. Après une petite balade lundi dans Millau, j’ai passé mon temps entre mon chalet et la salle pour la télé et la connexion internet. Mardi, non seulement j’avais quelques courbatures mais surtout une bonne inflammation au tendon d’Achille gauche, ne pouvant quasiment pas marcher. Journée de même type à strictement rien faire, tout comme mercredi ou je ne pouvais à peine mieux marcher. Mercredi soir, des connaissances sont arrivées au camping et le plus gros de la troupe Normande est arrivée jeudi soir. Mais déjà jusqu’à jeudi, j’avais l’impression que ça faisait 2 mois que j’étais ici. J’ai vraiment eu le temps de me reposer et d’apprécier le temps passer lentement. Le jeudi, je n’avais presque pu mal à l’inflammation, et je suis resté vigilant les jours suivants jusqu’à la course. La pression monte samedi quand nous allons tous à Nant pour voir le 15km et le 30km et tous nos coureurs présents. Enfin pression…. Même pas ! On est samedi et je n’ai pas l’impression que je repars pour 76km demain, mais alors pas du tout. On rentre tard, il faut manger, préparer mes affaires et essayer de dormir, je me pose à 22h30 et j’avoue que j’ai presque pas mal dormi. Réveil 3h00 !
Repas gatosport qui passe pas, du coup pâtes de la veille et œufs sur le plat cramé, youhou ! Habillage express, j’opte pour le collant short là, ils annoncent de la pluie mais bien plus chaud qu’aux Templiers, entre 8 et 12 degrés. Départ du convoie à 4h00 avec tous les suiveurs et accompagnateurs. Pas trop le temps de savourer sur place, on arrive à 4h30, le départ est déjà dans 30minutes. Hop c’est l’heure de rentrer dans la sas après la bipation des dossards. Je suis dans l’inconnue totale sur mon état de forme, sur mes jambes, sur ma récupération mais surtout mon tendon d’Achille capricieux. Tout peut être terminé très vite, et ça non je ne veux pas ! Quand on prend le départ, c’est pour aller à la fin.
La musique spéciale Hospitaliers commence, et au coup de fusil du maire, la course part. Je pars plutôt dans les dernières positions, le but étant d’arriver au bout. Les premiers kilomètres sur la route se passent tranquillement (heureusement me direz vous), puis on rentre dans un chemin sur la droite et là ça commence direct avec une petite montée. Les 5 premiers kilomètres à une allure moyenne d’environ 8km/h. Rapidement un petit bouchon se forme pour esquiver une bonne grosse flaque d’eau. J’attends 5-6 minutes peut être et hop ça repars sur des singles assez sympa mais au rythme de tout le monde du coup et du chauffeur de bus forcément, mais je ne me plains pas, je patiente. Je rattrape mon cousin Ludovic qui était juste devant dans une montée et nous allons faire une petite partie ensemble. Dès le 8ème kilomètre dans la première bosse, le brouillard est là, plus on monte, moins on y voit. Et oui par temps de brouillard, la frontale éclaire…. Le brouillard, donc c’est très moyen, il faut être vigilant. Un peu de crachin pour nous accompagner, sinon ce n’est pas drôle. On discute, on est bien, pas trop vite, ni trop lentement, on double quand même pas mal de coureurs mais normal, on est plutôt vers la fin de peloton. On descend à un bon rythme ensuite pour rejoindre Sauclière où on arrive ensemble pour le premier ravitaillement eau au 15ème km en 2h05. Avec les bouchons, la moyenne de course a chuté à 7km/h. Toute la troupe d’une vingtaine de personne est là pour nous encourager ce qui nous réconforte à chaque fois. Troupe que l’on retrouve 7 km plus loin et un peu plus bas au 22ème km à Saint Jean de Bruel, petit village que nous traversons, point de départ de la longue montée. Je suis bien, pas de douleurs aux jambes, pas de douleurs au tendon d’Achille. Tous les feux sont au vert, OUF ! J’ai laissé partir Ludo devant pour me « préserver » un peu et ne pas aller trop vite. La montée du Saint Guiral commence, nous sommes à 600m d’altitude, il faut monter à 1360m… Le début est assez difficile mais je ne marche pas trop mal entre 4 et 5km/h. Je mets rapidement en marche un peu de musique dans les oreilles ce qui motive pas mal je dois dire. Alors je chante en mimique, je bouge les bras et la tête, youhouuu je m’imagine sur le dancefloor. Le brouillard commence à refaire son apparition avec l’altitude qui augmente mais en forêt ça va à peu près. Quelques coureurs me doublent dans la montée, je gère mon effort. Je relance en courant sur les quelques parties plates. Je suis juste avant le 30ème kilomètres et….. je commence déjà à sentir mes petits cuissots qui hurlotte doucement pour commencer, humhum. On est sortie de la forêt, il y a pas mal de vent et du brouillard et quelques gouttes de pluie. Petit pause boisson eau coca à la croix des prisonniers, presque à mi-route de la montée. C’est reparti pour de la bonne montée en marchant. J’ai un autre rythme qu’au Templiers, des foulées plus grandes, bien plus efficace et je suis moins dans les choux. La fin de la montée est à découvert, je ne vois pas à 50m avec le brouillard et surtout, le vent est tellement fort qu’on ne peut presque pas courir droit. En short, je n’ai pas très chaud là haut. Je reconnais la pointe du Saint Guiral, ça y est je suis au point culminant, quasiment à mi-course… et je dois dire que c’est déjà difficile. La descente commence et je sens tout de suite les quadriceps qui tirent bien. C’est de la descente jusqu’au prochain ravito de la Dourbies au 44ème kilomètres, avec quelques petits coups de cul qui me font mal aussi. La fin de la descente est terrible, je ne sais pas pourquoi on m’enfonce des tonnes de couteaux dans les quadri, aie aie aie. J’y suis en 6h30 ce qui n’est pas si mal, enfin bien mieux que mon état. Je sais ce qui m’attend, et moralement ce n’est pas facile. Heureusement j’ai toute la petite troupe au ravito à mes soins qui m’apporte à manger, à boire pendant que je m’assois 5 minutes. Un peu de réconfort indispensable. Je repars après un petit quart d’heure de pause (l’année dernière c’était 45 minutes de glandage à ce ravito) en marchant puis trottant difficilement mais pas si mal quand je doublais et voyais les autres coureurs marcher. Ces 4km de plat sur la route ont été assez long et pénible avant d’attaquer un autre coup de cul bien raide où j’étais plutôt pas mal. Puis c’est l’heure d’attaquer la descente scabreuse sur Trève. La première partie se passe pas mal, enfin siiii mal aux quadris mais comme dans toutes les descentes depuis le début, on remonte un peu puis on bascule dans la descente bien pentue. Je l’avais dans la tête celle là puisque l’an passé c’est ici que mes crampes avaient débuté suite à une glissade. Et bien un an après, exactement au même endroit (à 200-300m près), je me prends une racine, dévale la pente et me rattrape juste à temps à un arbre dans le talus et hooooop aiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie, une crampe dans chaque mollet ! je m’étire et là l’étourdissement arrive avec son petit voile blanc devant les yeux. T’es pas bien Fred, assis toi. Hop comme me le conseille ma petite voix, je m’assois sur le côté pour souffler et récupérer. J’y crois pas, je suis vert, au même endroit, même chose, putain quoi ! Au bout de 6-7 minutes, j’essaye de me relever, j’ai les mollets qui tirent comme jamais et je fais le reste de la descente en marchant. Pas d’autre choix en même temps, c’est tellement pentue et glissant que je m’arrache les mains à tenir les cordes pour m’aider. En bas, arrivé dans le village, j’essaye de courir mais impossible, les crampes sont toutes prêtes à me redire bonjour. J’arrive au ravito de Trève au 55ème kilomètre où toute la tribu est à mes soins, heureusement. Et là, à cet instant, je ne suis vraiment pas tip top bien, du tout même. Je suis mort, il pleut, j’ai des crampes et surtout je sais que la partie qui arrive de 12km est terrible mais du genre infernal et que j’en ai pour au moins 3h. Domy au massage des mollets pour soulager un peu (merci bien) et les autres me ravitaillant en pomme (j’adore les pomme), banane, fromage (berkkkkkkkkkkk), soupe (ça réchauffe) et biscuit apéro (c’est tout sec). Je prends mon temps, les yeux un peu dans le vide, je suis « bien blanc » il parait. HARD TIME. Bon je dois repartir, je change de tee shirt et hop c’est reparti, en marchant forcement, les mollets piquent sévères. Et là c’est parti pour le festival salsa de l’emmerdement : arbres, racines, cailloux, ça monte, ça descend, ça vacille, c’est en dévers, ça glisse. Une partie où il est quasiment impossible de courir. Je l’avais en horreur cette partie et je suis en plein dedans. J’ai toujours la musique et j’essaye de penser à autre chose, de faire le chanteur dans ma tête, je bouge mes bras pour me donner de l’élan mais c’est difficile quand même. Il pleut encore plus et j’ai froid depuis que j’ai changé de tee shirt !!! Je fais une partie avec un mec tout content, et il abandonne avant même la descente. Je peux retrottiner un peu mais horriblement difficilement, et je me remets très vite à marcher. J’ai 2 côtés dans ma tête : un qui me dit « vas y, trottine tu seras plus vite arrivé » et l’autre qui me dit « j’en ai plein le cul, je marche » et c’est souvent la deuxième option qui l’emportait à vrai dire. La descente je n’en parle pas longtemps : horrible pour les quadri avec un petit mal de genou droit qui pointe son nez avec toute cette partie de MERDE et les parties en dévers et les crampes aux mollets qui menacent sans cesse. Pfiouuuuuuuuuuuuuuuu que c’est long long long, terriblement long. Je me retrouve tout en bas, coooool il me reste que la petite montée mais bien raide pour arriver à Cantobre, un village construit sur un rocher, notre dernier ravitaillement. En effet, il m’a fallu 3h30 pour faire ces 13km, comme prévu !! Physiquement, je suis à la ramasse, dans les choux, dans les pâquerettes, enfin tout ce que l’on veut bien, mais mentalement, je suis bien mieux, je sais que le plus dur est fait et qu’il me reste que 10km qui se font assez bien. Toujours mes suiveurs qui sont bien présents pour me soutenir et me ravitailler, et gros bon point pour le moral : à ce ravito, il y a des ……………………. Crêpes, yihouuuuuuuuu, quel bonheur (même sans nutella roooo). Je ne suis pas loin de réussir mon défi, je sais que ça va le faire. Il faut repartir dans le froid et sous la pluie. Petite descente de Cantobre pour se retrouver dans un lit de rivière et passer sous un pont qui marque le début de la montée du Roc Nantais. Un pont où l’année dernière, la veille de mon 76km, je voyais en spectateur les coureurs du 30km et chier des bulles et être dans des états lamentables, et je me disais « dans quel état je vais être ici ». Et bien cette question je me la suis reposée samedi, la veille de la course. Et c’est rigolo car là c’est moi qui est à leur place et j’imagine bien la tête des gens qui me voyait détruit et lutter pour monter le moindre petit caillou. Ca marque donc le début de la dernière montée. Elle commence assez fort, et à ma grande surprise, je retrouve des jambes fraiches et je monte tout seul presque sans effort, c’est de moins en moins pentu certes mais je suis vraiment bien. Presque le meilleur moment de la course. La nuit tombe, je fais une bonne partie dans la pénombre avant de ne plus distinguer le sol. Ohhhh là il faut allumer la frontale Fred. Je vois à ma montre au fur et à mesure que je monte bien et assez vite, que c’est jouable de faire le même temps que l’année passée (13h52) alors que dans la partie freestyle, j’étais sur de mettre 14h30-15h au moins ! Pourtant je n’ai plus de musique depuis Cantobre. Comme quoi. Le Roc Nantais et ses presque 350m de dénivelé positif sont bien avalé, et je bascule sur la plateau ou je recours même un peu puis la descente technique, pleine de racines, de caillou et surtout bien glissante et de nuit que je fais aussi en courant. Bizarrement, je n’ai presque pu de douleurs aux cuisses, je ne sens plus mes mollets, je vois les lumières de Nant en contrebas pas et surtout j’entends le speaker au micro. C’est à la fois près mais très loinnnnn quand on en a plein les bottes ! La descente met du temps à partir mais une fois dedans, pas le temps de lever la tête, c’est bien raide. Nant se rapproche, je vois ma montre, je vais même faire mieux que l’an passé, incroyable. Je longe un petit muret qui veut dire que la descente est bientôt finie et hop délivrance, j’arrive dans Nant sur la route, je me permets même de courir dans la dernière montée de rue pour tourner à droite sur l’arrivée. Quel bonheuuuuurles lumières de la ville. J’enlève mon kway et que je file à mon cousin arrivé 1h avant moi, et me voilà dans l’aire d’arrivée avec les « allez Fredo », « bravo ». J’arrête de courir et je termine en marchant pour savourer un peu plus cette ligne d’arrivée.Une ligne que j’ai tellement imaginé plein de fois pendant la course, et là j’y suis. Heureux. Soulagé. FIER.
13h37 pour l’anecdote pour les 76km et quelques 3200m positif.

Dès la fin du trail des Hospitaliers 2011, il y a un an jour pour jour, en rigolant, je me suis dit et j’ai dit : « en 2012, j’enchaine la grande course des Templiers et le trail des Hospitaliers en une semaine ».  D’une blague au départ, cette phrase cogite dans ma tête, j’aime relever les défis.
Un an plus tard, j’ai réussi mon défi… HAPPY END !

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